Le dispositif Mon Bilan Prévention, déployé depuis juin 2024, marque un tournant dans la structuration de la prévention en France. Il ne s’agit plus de distribuer des conseils génériques sur l’alimentation ou le sommeil, mais de construire un plan personnalisé de prévention avec un professionnel de santé, couvrant l’activité physique, la sédentarité, les addictions, la vaccination et la santé mentale.
Sédentarité et interruptions actives : ce que les recommandations ont changé
Nous observons encore trop souvent une confusion entre activité physique et lutte contre la sédentarité. Les recommandations récentes distinguent clairement ces deux axes. Pratiquer du sport trois fois par semaine ne compense pas huit heures consécutives en position assise.
Les interruptions régulières de la position assise (se lever, marcher quelques minutes, intégrer des déplacements aux appels ou aux réunions) constituent un levier à part entière, distinct de la séance de sport programmée.
Des ressources comme celles proposées par UniverSanté permettent de mieux comprendre comment articuler prévention globale et pratiques quotidiennes adaptées à chaque profil.
Cette distinction a des conséquences pratiques directes. Un salarié en télétravail qui court le matin mais reste assis sans interruption de 9 h à 18 h conserve un profil à risque métabolique et cardiovasculaire. Nous recommandons de programmer des micro-pauses actives toutes les 45 à 60 minutes, indépendamment de toute pratique sportive.

Activité physique adaptée : prescription et parcours de soins
La Haute Autorité de santé positionne désormais l’activité physique adaptée (APA) comme un levier de santé à inscrire durablement dans les parcours de prévention et de prise en charge. Ce n’est plus une option réservée aux personnes déjà sportives ou en rééducation post-opératoire.
L’APA s’intègre au système de soins au même titre qu’un traitement médicamenteux. Le sport sur ordonnance progresse, porté par les associations de patients et les professionnels de santé qui militent pour un remboursement plus large des programmes encadrés.
Critères d’orientation vers un programme d’APA
- Présence d’une pathologie chronique (diabète, insuffisance cardiaque, troubles musculo-squelettiques) justifiant une adaptation de l’intensité et du type d’exercice
- Sédentarité prolongée avec facteurs de risque cardiovasculaire identifiés lors d’un bilan de prévention
- Troubles de santé mentale (anxiété, dépression) pour lesquels l’activité physique régulière a démontré des effets comparables à certains traitements pharmacologiques
- Perte d’autonomie progressive chez les personnes âgées, où un programme supervisé réduit le risque de chute et maintient la mobilité
Le point de bascule, c’est la personnalisation. Un programme d’APA ne se résume pas à marcher 30 minutes par jour. Il intègre le contexte médical, les capacités fonctionnelles et les préférences du patient pour garantir l’adhésion sur la durée.
Prévention cognitive : les facteurs cumulés identifiés par l’OMS
Les nouvelles lignes directrices de l’OMS sur la prévention de la démence soulignent qu’une part significative des cas pourrait être évitée ou retardée en agissant sur des facteurs modifiables. Cette approche globale redistribue les priorités en matière de prévention.
L’approche ne repose pas sur un seul levier. Elle combine activité physique, liens sociaux, alimentation équilibrée, arrêt du tabac, limitation de l’alcool et contrôle de la tension artérielle, du cholestérol et de la glycémie. La santé cognitive se construit par accumulation de comportements protecteurs, pas par une intervention isolée.
Le rôle sous-estimé des liens sociaux
Parmi ces facteurs, l’isolement social reste le plus négligé dans les stratégies de prévention individuelles. Nous constatons que les programmes centrés sur l’alimentation et le sport omettent régulièrement cette dimension. Maintenir des interactions sociales régulières protège la réserve cognitive au même titre qu’une alimentation riche en nutriments protecteurs.

Alimentation et recommandations nutritionnelles : le filtre des inégalités
Les recommandations alimentaires officielles se heurtent à un obstacle structurel : les inégalités sociales conditionnent la réception des messages de prévention. Un conseil nutritionnel identique n’a pas le même effet selon le niveau de revenus, l’accès géographique aux produits frais ou le niveau d’éducation alimentaire.
Les travaux récents sur la manière dont les populations reçoivent les recommandations alimentaires montrent que le facteur écologique (circuits courts, saisonnalité) et le facteur économique pèsent autant que le contenu nutritionnel lui-même. Recommander cinq fruits et légumes par jour sans considérer le coût du panier alimentaire reste une impasse pour une part significative de la population.
Construire une routine alimentaire réaliste
La prévention nutritionnelle efficace repose sur des ajustements progressifs ancrés dans le quotidien, pas sur un régime idéal théorique. Réduire les produits ultra-transformés, augmenter la part de légumineuses et diversifier les sources de protéines constituent des objectifs atteignables sans bouleverser le budget.
L’enjeu pour les professionnels de santé est de contextualiser chaque recommandation. Un plan personnalisé de prévention qui intègre les contraintes réelles du patient (budget, temps de préparation, préférences culturelles) a bien plus de chances d’être suivi qu’une fiche standardisée.
La prévention en santé ne se résume plus à une liste de bonnes pratiques. Le cadre posé par Mon Bilan Prévention, les données de l’OMS sur la démence et l’intégration de l’APA dans les parcours de soins dessinent une approche où chaque levier de prévention se prescrit et se personnalise. C’est cette granularité qui fait la différence entre un conseil bien-être et une stratégie de santé durable.



